Chronique de Tramorée par Javier Negrete: une petite critiqu
Publié : 24 juillet 2007, 08:37
Chronique de Tramorée par Javier NegreteLes chroniques de Tramorée se composent à ce jour deux tomes intitulés respectivement « Zemal, l’épée de feu » et « Syfron, l’esprit du mage » parus aux éditions l’Atalante.Le quatrième de couverture du premier tome nous apprend que « Derguin Gorion et Mikhon Tiq n’ont pas vingt ans ; l’un se destinait à l’épée, l’autre est le disciple d’un mage. Voici l’aventure de ces deux amis saisis dans cette quête où l’avenir de la Tramorée est en jeu ».En lisant ce petit résumé, j’ai frémi en me disant « Encore un bouquin de fantasy classique, rien de nouveau sous le soleil » mais pourtant j’ai tenté l’aventure, et grand bien m’en a pris.Dans ce premier tome qui reprend tous les archétypes du roman initiatique vous trouverez de l’aventure, de l’action, de la traîtrise, des méchants qui ont la tête de l’emploi et de multiples rebondissements.Alors quel intérêt ?En réalité tout réside au départ dans le style de l’auteur.Je ne sais si cela est lié au fait que c’est un européen qui écrit, et donc quelqu’un qui a des références culturelles plus proches des nôtres, mais il faut bien reconnaître que par petites touches il captive le lecteur.On ne se retrouve pas à lire un énième pastiche du Moyen-Âge écrit par un auteur américain qui épate des lecteurs qui n’ont jamais vu un château fort de leur vie, mais face à une fantasy qui se rapproche plus des légendes antiques dans l’esprit.A plusieurs reprises, au détour d’une phrase, d’une description, on se prend à se dire « tient, ça me fait penser à quelque chose » ce qui permet à l’auteur de réaliser le tour de force de créer un univers à la fois totalement dépaysant et en même temps étrangement familier, avec une très grande puissance évocatrice.Il s’agit d’un sentiment plus que plaisant qui incite à continuer de tourner les pages de ce premier tome sans même s’en rendre compte.Enfin, l’auteur se paye le luxe d’une mise en abyme du monde qu’il crée pour, distillant quelques éléments au fil des pages, semer le doute dans l’esprit du lecteur sur la réalité qu’il nous présente.Et curieusement on finit ce premier tome sans effort en se disant « Qu’est ce qu’il va bien pouvoir se passer maintenant ? »C’est le genre de sentiment qui me fait toujours un peu peur dans une série parce que le risque que l’auteur ne soit pas capable de trouver un second souffle dans le tome suivant et que l’on retombe dans les poncifs du genre (série à l’américaine en dix tomes énormes ou les choses traînent en longueur) est toujours. En voyant le deuxième tome, je n’ai pas été non plus très rassuré. On passe en effet des très raisonnables 500 pages du premier tome à un livre de 850 pages (une mention spéciale sur ce point à l’éditeur qui n’a pas fait comme ses petits confrères qui s’amusent généralement à tronçonner les tomes originaux de 900 pages en trois bouquins de 300 pages à mettre sur les rayonnages – après tout il vaut mieux vendre à ce gogo de lecteur trois livres plutôt qu’un, on gagne toujours plus comme ça, surtout si ce sont des grands formats - ).Et ouvrant le livre, on reprend à la fin de l’ouvrage précédent et on se dit : « ok ; c’est parti pour la saga en dix tomes, ça va être long, courage ».Puis on entame le deuxième chapitre, et là c’est la claque (et ce n’est que la première), on se retrouve projeté trois ans plus tard, complètement désorienté.Quoi, comment, il a osé sauté trois ans de l’histoire de ses personnages ? Mais c’est qui ce type ?Car, non content de sauter trois ans, l’auteur nous propose des personnages qui ont réellement changé et évolué pendant ces trois années.Dépaysement total dans ce tome où tout prend de l’ampleur, les personnages comme les évènements et où les thèmes, évolution des personnages oblige, sont eux aussi traités sous un éclairage beaucoup plus adulte.Car l’auteur n’épargne ni ses héros, ni ses lecteurs. Intrigue à plusieurs niveaux, réévaluation constante de la valeur des personnages et de leurs véritables motivations, un jeu des intrigues particulièrement bien mené (et je suis difficile dans ce domaine), et, grosse surprise, un suspense réel.On passe son temps à se demander « Et maintenant, comment vont-ils faire ? »Dans ce second tome, on a quitté le roman initiatique que constituait le premier pour s’intéresser à ce qui se passe après l’accomplissement de la quête, thème rarement évoqué dans la fantasy autrement que sous la forme d’une espèce de recommencement (on reprend les même et c’est reparti pour une quête) ou d’une fin de vie un peu morne pour les héros (bon et si on quittait la terre du milieux maintenant ?).Tolkien n’écrivait-il pas qu’il avait renoncé à écrire la suite du Seigneur des Anneaux car il n’arrivait pas à produire quelque chose de réellement bon ?Ici, rien de tel, les héros étaient jeunes dans le premier tome et ils ont une vie à vivre en supportant les conséquences de leur actions passées qu’il s’agisse de leurs choix, de leurs actes ou de leur nouvelle renommée.L’approche est rafraîchissante et le propos particulièrement bien mené, sans mièvrerie, quel que soit le thème abordé (de la déchéance physique à la difficulté de vieillir en passant par la nécessité d’assumer ses responsabilités et les conséquences de ses choix).On avale ce second tome sans difficulté et après l’avoir refermé, le premier réflexe est de se dire « Et le tome trois, c’est pour quand ? ».N’est ce pas le plus beau compliment à faire à un auteur ?