D'après une idée de : Xavier Snoeck
Auteur : Syrius
Années:1953-1994
Il est courant de retrouver dans les vides greniers de vieilles bandes dessinées aux papiers jaunis par le temps. Intrigués, vous feuilletez rapidement un de ces ouvrages poussiéreux et entendez une petite voix dans votre tête murmurer une partie de ma jeunesse réside dans ces pages . Lémotion vous submerge et tentez dacheter le livre en baissant son prix estimé -On nest jamais trop prêt de ses sous- Après un débat acharné,vous réussisez à saisir le précieux bien. Vous retournez dans votre demeure dun pas léger, heureux de votre investissement. Une banale anecdote qui est certainement devenue familière pour les couvertures renfermant les aventures des Timour.
Cest en 1955 que Max Mayeu, dit Syrius, présente au public le premier tome ( la tribu de lhomme rouge ) de ce qui allait devenir par la suite la saga des Timour. Lidée de base lui avait été soufflé par Xavier Snoeck, scénariste ayant collaboré dans le passé avec un certain André Franquin qui illustrait alors un de ses récits : Laile rouge. Lobjectif de lauteur était simple : faire découvrir, à travers des personnages descendant dune même lignée et facilement identifiable, les différentes civilisations qui ont laissé une empreinte historique considérable. Ainsi le lecteur pouvait suivre des générations de Timour vivre les péripéties propres à leurs époques tout en simprégnant les connaissances et coutumes des peuples dominants.
Une immersion chronologique à travers les aventures de l'Homme (im)parfait
Les protagonistes principaux sont toujours identiques malgré lécoulement des siècles au point quils pourraient révolutionner le principe du clonage. Silhouette athlétique, sourire éclatant et chevelure enflammée au brushing impeccable, la similitude des Timour nest pas seulement décelable de par leur aspect physique. Leader dans l'âme et sujet à la philanthropie, ils partagent une notion identique des qualités humaines ( le courage, lhonneur,la sincérité, la fraternité ). Au delà de tous ces avantages, ces héros intemporelles peuvent cependant apparaître comme dépourvus de personnalité. Malgré leur opiniâtreté face aux épreuves auquels ils sont confrontés, les Timour manquent cruellement de caractères. Une absence de défaut contribuant certes à lidéalisation de lhomme parfait, mais les rend transparent et peu attachant. Pourtant, avouons quil aurait été difficile de construire une personnalité unique à chaque Timour. Syrius aurait sans doute rencontré beaucoup de difficulté à développer individuellement le tempérament de ses personnages et dérouté son lectorat à défaut de continuité.
Un procédé créatif privilégiant la pédagogie.
Transmi de père en fils, chaque Timour possède le talisman sur lequel leur ancêtre commun avait gravé des motifs illustrant des valeurs universelles. Au fil des épisodes, les héritiers recherchent leurs significations sombrées dans loublie. Mais avant daboutir à une interprétation personnelle, les Timour seront témoins et acteurs dévénements riches en enseignement. En effet, au delà dêtre une série contant les aventures de ces guerriers nés, Syrius les utilisent surtout tels des figurants pour jouer les professeurs dhistoire. Les intrigues dans lesquels sont plongées les Timours varient très peu dans le fond. Durant leurs périples, ils rencontreront toujours des âmes charitables qui leurs viendront en aide et sauront les conseiller pour éviter de recourir systématiquement à la force. En contre-partie, les grands gaillards rouquins devront affronter la colère et la jalousie desprits corrompus. Traversant les batailles et complots malfaisants, défiant les lois de la nature, partant à la rencontre de grandes figures emblématiques (Alexandre de Macédoine, César, Attila ...),lexistence dun Timour équivaut à celle dun Pape sanguinaire avide de conquête faisant 38 fois le tour de la Terre. Un élément non négligeable au vue des difficultés à mettre en scène une vie bien remplie qui se ressent graphiquement.
Dessiné dans un style réaliste, le trait engraissé par lencrage demeure le plus souvent figé. La coloration dépoque ne facilitant pas les jeux dombres et lumières en fonction des pages (bien quelle ait son charme), naccentuent guère la fluidité du mouvement. Il est courant dapercevoir le dessin complété par un encadré résumant une action qui aurait dû être développée en plusieurs vignettes. Lauteur avait préféré réserver cette espace pour y ajouter des références historiques importantes au risque sinon de se retrouver avec des albums de 100 pages. Sa recherche de documentation pour donner un aperçu exact de la période retranscrite est facilement palpable. Cest sans doute dans ce dernier point que réside tout lintérêt et loriginalité des Timour. Chaque occasion est propice à linstruction. Syrius nhésitait pas à faire un petit aparté dune case de temps à autre où il approfondissait, à laide de croquis, un détail particulier rencontré par ses héros.
Au final, on se retrouve avec un récit riche en rebondissement mais ponctué de quelques longueurs et distant à cause du manque de complicité que nous pourrions entretenir avec les personnages. La faute sans doute au tempérament des protagonistes et dun graphisme détaillé mais trop rigide. Pourtant, au delà de tous ces défauts, les Timour sont de formidables tuteurs prenant les enfants par la main pour leur faire partager une expérience ludique.
Le succès fut au rendez-vous au vu de la longévité de la série. Le dernier volume, La fin des temps, fut éditer en 1994. On peut facilement imaginer lengouement quont suscité les Timour auprès de la génération du baby-boom. Les points négatifs ici soulignés trouvent peut-être leur explication du fait que je nen suis pas issue, sans prendre en compte lévolution actuelle de la bande dessinée. Cela nenlève en rien le charme de ce voyage dun demi siècle en arrière où les support cartonnés renferment un étrange parfum dannées révolue.
