Tiens, ça faisait un bail que je n'étais pas passé sur Krinein, et je découvre qu'il y a des fora. Bon, c'est surement une découverte à la Colomb(o), alors que tout le monde sait depuis le début de l'épisode qui a tué le continent
Bref, je profite du temps grisatre pour jeter un oeil sinon deux à ce sujet consacré à Terry Pratchett. M'enthousiasmant pour les commantaires portant sur Ronde de Nuit, je vais essayer de mettre par écrit ce qu'ils m'inspirent (ce qui n'est pas vraiment gagné tant c'est flou!).
S'il y a bien quelque chose qui m'a frappé dernièrement dans les
Annales, c'est la montée en puissance du personnage de Samuel Vimaire.
Les tomes consacrés à la série du Guet arrivent à un rythme horloger (un temps sépare Guards! Guards! de Men at arms, puis viennent Feet of Clay, Jingo, The fifth elephant, Night Watch et dernièrement Thud!, en faisant la série la plus régulière du cycle il me semble), et le personnage de Vimaire lui même apparait par ailleurs (il tient un petit rôle dans Monstrous Regiment par exemple).
Ce n'est peut être qu'un ressenti personnel, mais je ressens comme une OPA de cette sous-série sur le cycle.
Elle est significative dans la mesure où Vimaire est le personnage le plus héroïque dans le sens classique du terme, et alors que les références à la fantasy ont déjà été utilisées (les clins d'oeil à Howard ou Leiber feraient redites, par exemple).
L'univers du Disque-Monde s'éloigne de plus en plus du pastiche pour aborder des sujets plus amers (avec une transition à partir de Witches abroad, Lords & ladies? Je ne sais pas trop en définitive) et, quelque part, y perd une partie de son dynamisme foutraque et partant dans tous les sens des débuts.
On s'éloigne du personnage symbolique de Rincevent, qui, toujours sur la brêche, passant d'une fuite à une autre, développe forcément une intrigue par à coup, hachée, multipliant les situations propres au gag.
Je relis cette idée à celle d'un intervenant précédent qui disait qu'en retournant dans le passé d'Ankh-Morpork, Vimaire faisait ressurgir une part de sa "sauvagerie" traditionnelle.
Jusqu'ici,la ville d'Ankh Morpork,sous l'influence du progrès et de la justice vimairienne,devenait de plus en plus "civilisée","organisée"et avait à mon goût quelque peu perdu sa saveur du temps de La Huitième Couleur.
Mais là,le retour dans le temps permet de retrouver une Ankh Morpork "traditionnelle",si je puis dire...un voyage agréable s'il en est.
Donc, clairement, il y a en ce qui me concerne l'empreinte de Samuel Vimaire sur la série (ou, mais ça revient au même, il en est la synthèse -de la même manière qu'A.-M. est la ville par excellence).
Le Disque Monde parle de choix. De choix singuliers, en tant qu'expression d'une individualité autant que comme rejet du schéma dominant (et peut-être même les personnages acquièrent-ils leur individualité en rejetant la norme).
Le tout pratiqué avec un art certain du contrepied.
C'est la fille qui apprend la magie, le dernier croyant gardant sa foi malgré tout, le Roi refusant son destin, le golem prenant sa liberté, la Mort qui se veut humaine, la magie qui n'existe que pour ne pas être utilisée, etc etc...
C'est aussi le moine du temps qui empêche une guerre d'éclater (comme quoi le statu-quo est une notion à géométrie variable... on en préfère forcément un par rapport à un autre).
Vimaire représente ce choix. Il n'est que volonté, là où Rincevent est un antihéros subissant les évènements, la Mort une fatalité se battant contre son sort et Mémé Ciredutemps une manipulatrice.
Il représente la loi car il s'avoue n'être rien sans elle (même s'il la détourne parfois, mais jamais au détriment d'un certain humanisme).
C'est un personnage symbolique d'une lutte interne, contre nos bas instincts. Et ce n'est peut-être pas anodin s'il est celui dont l'ont aborde le plus le passé, et qui évolue au fur et à mesure des romans (évolution morale, de l'autodestruction à un cynisme gardant un faible espoir; évolution sociale; c'est aussi le personnage qui se marie, et a un enfant...).
Plus encore, les armoiries des Vimaire sont aussi celles qui les ont condamné pour les générations futures: son ancêtre "Face de marbre" a éxécuté son suzerain, alors que personne ne voulait appliquer la sentence.
Il y a là une notion héroïque essentielle, celle du "ce quoi doit être fait".
Ce qui m'amène a un deuxième point, parallèle, qui est l'ordre.
Comme le dit Veterini -l'intervenant, il y a une sorte de mise en avant du statu quo chez Pratchett. Peut-être plus exactement de la paix, dans la mesure où il n'y a pas de plus grand crime que la guerre.
C'est amusant, parce que le Veterini de la série est peut-être le personnage le plus représentatif de cette idée.
Il n'est pas forcément sympathique, mais se préoccupe réellement de sa cité: c'est un mal nécessaire.
On pourrait citer le passage où il compare avec Carotte l'éthymologie de celle-ci à celle de la police: du grec "polis", la cité/la communauté, et la mission de l'une est de défendre l'autre.
C'est d'ailleurs pourquoi Vimaire prend la défense de la Commune de Night Watch: il se bat pour la paix de ses concitoyens et, alors qu'il essaye de sauvegarder au départ une minorité, ses barricades finissent malgré lui par en faire le défenseur de la majorité...
Même si je me souviens bien mal des Misérables qu'évoque Veterini, je dirais à l'emporte-pièce que Vimaire est un inspecteur Javert pour qui la légitimité ne pourrait venir que du peuple/du bien commun (ce qui, compte tenu de son hérédité Face de marbienne, est logique au final).
Je rajouterais là-dessus le cas du sieur Léonard de Quirm, humaniste convaincu qui ne peut s'empêcher de griffoner dans les marges de ses croquis des armes de destruction massives, avec le plan de montage boulon par boulon.
Le patricien le tient en cage, mais de Quirm ne s'en rend même pas compte. Je ne peux m'empêcher d'y voir que, quelque part, c'est le rôle de l'institution d'enchainer les hommes pour les protéger d'eux-même.
C'est le sens de la loi, après tout, une restriction légitimées (par le groupe mais pas forcément volontaire au niveau de chaque personne) du droit de faire ce que l'on veut.
Dernier point, le cosmopolitisme.
Ankh-Morpork est la cité reine, où tous les peuples se mélangent. Non sans heurts (c'est le début de Thud! avec le ravivement de la haine raciale entre nains et trolls).
Et puis y a Planteur. On trouve un Planteur dans chaque ville, chaque époque. C'est un combinard rêvant d'ascension sociale, sans réussite, mais c'est aussi un symbole de ce cosmopolitisme...
Le Guet lui-même en est un autre symbole. Et ce jeu de stratégie auxquels se livrent nains et trolls, qui nécessite d'assimiler tellement l'essence du peuple partenaire -et non de adversaire- qu'on finit par le connaitre mieux que le sien propre.
De ces trois idées, Vimaire est l'essence même. Le choix d'un certain ordre défendant la paix.
Ca ne l'empêche guère d'être cynique, réaliste, désabusé, que sais-je (et de ne pas être friand des vampires).
Mais il incarne un équilibre entre devoir et droit (et la nécessité parfois de s'affranchir de la lettre pour mieux en respecter l'esprit), une humanité consciente de ses travers (c'était déjà le cas de Miss Ciredutemps) et un personnage qui possède un futur -et une progéniture, ce qui revient au même.
C'est pourquoi je suis d'accord lorsqu'il est écrit qu'il est sous-entendu que l'espoir entrouvert est que les individus changent eux-mêmes.
les choses saméliore parce que si on peut pas vraiment modifier "les choses" les individus peuvent eux changer à leur propre niveau.
Moins quand on affirme que Vimaire n'a pas de rôle politique.
Il en a un, essentiel même au contraire, mais il s'en défie.
Il y a là une défiance ouverte envers la propension qu'ont les affaires bassement politiciennes a sacagé la vie du commun.
A contrario, s'exprime un autre message: Vimaire, Veterini, sont des hommes d'Etat. Pas des hommes politiques.
Leur rapport au pouvoir n'est pas le même (tiens, c'était ce que voulait nous prouver Mister President sur son compte, le week-end... qui vivra verra. Je n'ai pas pu m'empêcher cette petite référence à l'actualité, désolé

) .
Et si Vimaire joue ce rôle, des fois en étant manipulé, c'est qu'il est nécessaire. Le retour sur le passé d'Ankh-Morpork montre a quel point le changement était nécessaire, et si rien n'est parfait, qu'il faut que certains prennent leurs responsabilités.
Et 'certains' désignent des hommes d'Etat, et par extension des individus qui se posent à eux même la question, la question fondamentale de la fin de Pieds d'argile:
"Quis custodiet ipsos custodes?"
En effet, qui garde les gardes d'eux-même?
Et plus plus généralement, qui nous garde tous de nous-même?
Dans Night Watch, Vimaire passe son temps à se battre avec cette idée, avec lui-même. Et si la secte des balayeurs l'aide, c'est qu'il y a bien un futur qui vaut plus que l'autre.
La boucle est bouclée, et que la conscience soit

Enfin, c'est un point de vu
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Sinon sinon.
J'ai beaucoup aimé l'analyse du sieur Veterini et sa référence à Il était une fois la Révolution.
Ca et le fait que sur son site perso il parle en dernier de Kazuo Ishiguro et Pavel Hak ^^.
Pour l'illustration, le sujet surnommé "Ronde de Nuit" de Rembrandt ne représente pas une milice faisant son service de nuit contrairement à ce que l'on croit.
Le tableau, obscurcit, a montré pendant sa restauration, que le Guet sort d'une cour pleine d'ombres et s'avance vers la lumière.
Volontaire

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